n°069 du 05/04/2007 FSU
Lettre d’information du Syndicat National Unitaire de l’Enseignement Professionnel
ELECTION PRESIDENTIELLE
Les réponses des candidat(e)s
confrontées aux mandats et aux valeurs défendus par le SNUEP
A ce jour, 4 avril, seules 4
candidates ont répondu à notre interpellation (voir les questions sur le site,
dans le journal 35 ou dans un précédent SNUEP infos) , sur la dizaine de
candidat(e)s sollicités. Si d’autres réponses arrivent dans un délai
raisonnable avant le 22 avril nous les publierons. Mais la non réponse de
certains candidats nous contraint à un traitement pas aussi équitable que nous
le souhaitions. L’absence de réponses de ces derniers relève-t-elle de leur
désintérêt pour l’enseignement professionnel voire de leur indifférence au sort
de ses personnels, marque-t-elle, pour le moins, leur peu d’attachement au
débat démocratique : les collègues jugeront !
Nous publions ci-après, pour des raisons
d’espace, des extraits des réponses reçues. Le texte intégral de ces réponses
se trouvant sur notre site : www.snuep.com
Notre conception d’un syndicalisme
indépendant du politique nous interdit de porter un jugement sur les programmes
des uns et des autres. Nous nous bornerons donc à rappeler nos mandats et nos
valeurs et les conditions dans lesquelles nous les avons jusque-là défendus. Ce
faisant, nous espérons contribuer, dans le champ de l’activité professionnelle,
au choix citoyen de chacun. Ce choix pèsera lourd dans l’avenir de nos métiers, de
l’enseignement professionnel et de nos conditions de travail et d’existence.
Extraits
des réponses des
candidats
(dans
l’ordre où nous les avons reçues)
Ségolène Royal :
Je
ferai en sorte que « la même noblesse soit accordée aux filières
techniques et professionnelles qu’aux filières classiques (…)
Une des priorités de mon action sera
qu’il n’y ait plus de sortie sans l’obtention d’un diplôme professionnel de
niveau au moins CAP.
En ce qui concerne l’apprentissage
qui constitue l’essentiel de vos questions, le pacte de la réussite éducative
que je souhaite pour tous exclut que la vie d’un adolescent soit déterminée à
14 ans dans l’apprentissage.
Pour moi l’apprentissage doit
s’effectuer sous la responsabilité de l’Education nationale et être inséré dans
le parcours scolaire de façon à ce que les collégiens soient initiés au travail
manuel et à toutes les formes d’intelligence, qu’elles soient conceptuelle,
concrète, sensible, manuelle. Elles s’imbriquent les unes dans les autres et s’enrichissent
mutuellement. Elles doivent permettre de repenser les mécanismes de
l’orientation pour que celle-ci se fasse se fasse sur la base de parcours
éducatifs construits et non sur l’échec. L’enseignement professionnel doit être
ainsi l’objet d’un choix positif de réussite.
L’apprentissage doit devenir une
voie de formation véritable permettant de mettre le pied dans une formation
qualifiante et ouverte, que cet apprentissage soit aussi diffusé par les
lycées.
L’enseignement professionnel public
sera au cœur de ce que j’entreprendrai pour l’école dès que je serai élue,
qu’il s’agisse du rétablissement des moyens supprimés depuis cinq ans par la
droite ou des états généraux de la réussite éducative….
Dominique Voynet
Je considère que 100 % des jeunes
doivent disposer d’un minimum de savoirs correspondant au niveau actuel du
programme de seconde pour ne pas être en situation d’analphabétisme moderne (…)
Le décrochage est la plaie de
l’obligation scolaire et de la non différenciation des cursus. Il faut des
classes relais, dans certains cas. Il faut admettre une pluralité des formes
d’apprentissage, à côté de l’enseignement général (…)
L’orientation ne doit pas se borner
aux notes. Chaque élève doit pouvoir construire son orientation à partir de la
seconde et se renseigner, au moment de son inscription dans une filière, du
taux effectif d’insertion dans un métier, un emploi, et de ce que deviennent
ceux qui ont souhaités se réorienter. Il faut multiplier les périodes d’essais
(entretiens avec les professionnels, les profs d’autres filières, les stages en
LP) (…)
L’apprentissage junior est utilisé
par le système pour ne pas s’interroger sur les différences d’apprentissage et
de réussite, pour ne pas se réformer ni s’adapter aux jeunes tels qu’ils sont.
Car quand on examine les réalités sociologiques, l’apprentissage ne correspond,
la plupart du temps, ni à un choix, ni ne permet à chaque élève de disposer du
socle minimum, pour ne pas être parfois en situation d’analphabétisme moderne
(…)
Je propose de prolonger les
« bac pro » par des filières « LMD pro » complètes, dès la
première année universitaire (…)
(A l’université) un système de
quotas réservés peut-être envisagé pour les différents bacs, afin de laisser
une préférence aux bacheliers technologiques et professionnels (…)
Le diplôme par alternance est une
voie déjà engagée qu’il faut renforcer, car il facilite l’insertion dans le
monde du travail (…)
Arlette Laguiller
Je
ne suis malheureusement pas en mesure de
traiter tous les points soulevés par votre questionnaire et, en particulier, de
préciser les mesures que je pourrais prendre concrètement. En effet, je ne suis
que candidate au premier tour de l’élection présidentielle et ne suis donc pas,
et ne serai pas, en mesure de décider quelque disposition que ce soit.
En revanche, j’attache une
importance décisive à l’Education nationale et cela fait partie des axes de ma
campagne. Je partage vos positions lorsque vous défendez la nécessité de
permettre aux jeunes qui suivent un enseignement professionnel de recevoir
« les connaissances et la culture générale » les plus riches
possibles, car ce sont elles, effectivement, qui peuvent le mieux préparer les
jeunes travailleurs à affronter leur avenir. Dans le cadre de l’enseignement
professionnel qui est le vôtre, je suis solidaire de toutes les revendications,
en personnel, en matériel ou autre, qui visent à améliorer les conditions
d’éducation générale et de formation
professionnelle des jeunes. Pour les jeunes issus des milieux populaires, en
particulier, c’est très important car cela peut permettre de compenser, du
moins en partie et durant la scolarité, les inégalités sociales.
Marie-George Buffet
Question N°1 Nous nous
prononçons pour une scolarité obligatoire de 3 à 18 ans, l'âge de 18 ans (…).
Toutes les études scientifiques montrent en effet que tous les élèves
peuvent réussir (…)
Aucune orientation ne devrait
être prononcée avant la fin de la scolarité au collège, même si des options
peuvent répondre, dès le niveau 4ème, à des goûts plus prononcés
pour certains types d'études. Mais en aucun cas ils ne sauraient être une
réponse à l'échec scolaire, qui doit être traité en dehors de tout processus
d'orientation
Q2 : Il nous semble que la question de
l'échec scolaire est à traiter prioritairement au niveau de l'école première (
maternelle, élémentaire (…)
Dans ce cadre, nous sommes favorables à la mise en place de dispositifs
réparateurs appropriés au traitement de difficultés scolaires particulières ou
persistantes chez certains élèves. L'allègement des effectifs permettant une
certaine individualisation des méthodes pédagogiques à mettre en œuvre est, de
ce point de vue, tout à fait déterminante, les démarches pédagogiques devant,
bien entendu, être adaptées à la nature des difficultés diagnostiquées(…).
Q3 :Oui, tout à fait (…)
Q4 :
Tant que n'auront pas été résolus au niveau de l'école première ,les
difficultés scolaires des enfants de milieux populaires, sources de l'échec
scolaire dans le second degré, l'apprentissage peut, ponctuellement et à
certaines conditions de cahier des charges, représenter une solution de
rattrapage social pour certains élèves en grande difficulté. Mais il ne peut
pas être une voie de formation aussi performante que les autres dans la mesure
où il est, par définition, essentiellement axé sur des formations étroitement
adaptées à des métiers au détriment de la formation générale.
Q5 :
Sauf
exception, ce slogan ne correspond pas aux réalités de l'apprentissage (…).Les
élèves entrant en apprentissage aux niveaux VI et V n'accèdent que très
exceptionnellement à une poursuite d'études faute, précisément, de formation
générale suffisante
Q6 :
Tous
les enseignants savent bien que les élèves
dont l'origine étrangère est reconnaissable ont plus de difficultés que
les autres à trouver des entreprises qui acceptent de les prendre comme
stagiaires.
Q7 :
Les
propositions que nous avançons dans notre projet "Pour une école de l'égalité, de la
justice et de la réussite de tous" vont totalement dans le sens d'une
revalorisation des enseignements de service public, y compris de l'enseignement
professionnel public, initial et continu.
Q8 :
(…)Il
faudra donc revenir sur certains aspects de cette loi, et mettre en place des
dispositifs nouveaux permettant de rétablir cette garantie d'égalité de
traitement de tous les citoyens qui caractérise le service public, qu'il soit
national ou territorial, en concertation avec les associations de personnels et
d'usagers
Q9 : (…). De ce simple point de vue, le rattrapage des 20%
s'impose.(…)
c'est pourquoi nous sommes partisans d'une revalorisation particulière
des carrières des enseignants dans ce contexte.
Q10 : Nous sommes favorables plus généralement à une transformation du
système éducatif visant à mettre fin à la crise qu'il traverse actuellement(…).
C'est pourquoi, compte tenu des urgences, nous proposons de porter la part du budget de l'état à 7% du
PIB ( contre 4 % en 2005 ) sur une législature.
Dès 2002 le gouvernement a fixé l’objectif de 500 000
apprentis et avec une persévérance peu commune il a saisi toutes les occasions,
utilisé tous les leviers pour tendre vers la réalisation de cet objectif. Des
moyens, sans précédent ont été investis dans la promotion de l’apprentissage,
tandis que l’Enseignement professionnel Public était peu à peu asphyxié. Certes
l’objectif est aujourd’hui encore loin d’être atteint, mais déjà dans certaines
régions le nombre d’apprentis dépasse celui des élèves de Lycées
professionnels. Une classe d’âge n’étant pas extensible, le développement forcé
de l’apprentissage se fait au détriment de la voie scolaire :
jusqu’où ? Jusqu’à ce qu’il devienne le modèle dominant ? Il l’est
déjà dans les discours officiels où il est souvent présenté comme le seul
système de formation professionnelle débouchant sur un emploi. Poursuivre dans
cette voie poserait inéluctablement la question de la pérennité de
l’enseignement professionnel public.
Le discours sur la revalorisation de
l’enseignement professionnel n’est pas crédible s’il ne s’accompagne pas de
mesures concrètes pour assurer sa promotion et d’une détermination à faire
cesser la concurrence déloyale et faussée avec l’apprentissage. Le SNUEP a
inlassablement expliqué dans ces colonnes que l’apprentissage n’est pas le
système moderne de formation qu’on nous présente, qu’il n’est pas le plus
adapté à notre époque. Le choix de sa promotion est purement idéologique, il ne
correspond en rien à une demande sociale, les jeunes et les familles continuent
à lui préférer la voie scolaire, après le collège. C’est la raison pour
laquelle le dernier gouvernement a tenté d’accroître le flux des jeunes vers
l’apprentissage, en les faisant sortir prématurément du collège via l’apprentissage-junior
conduisant ainsi à une régression historique de la durée de la scolarité
obligatoire. Le SNUEP, comme beaucoup d’autres, attache une grande importance à
l’abandon de l’apprentisage-junior, et au traitement de l’échec scolaire dans
le cadre exclusif du service public d’éducation.
Depuis plus de 6 mois, avec tous les
syndicats du second degré, le SNUEP se bat contre les décrets sur les
obligations de service. Ce combat n’est pas fini, car si certains candidats se
sont engagés à les abroger, il y a encore loin des promesses à la réalité. Dès
le nouveau président élu et son gouvernement formé, le SNUEP provoquera une
réunion de l’intersyndicale pour demander une audience à ce dernier et envisager
toute action utile pour gagner. Pour prendre en compte les évolutions de notre
métier et l’accroissement de sa pénibilité, le SNUEP exigera l’ouverture de
négociations comme il demandera un rattrapage des pertes du pouvoir d’achat qui
s’accumulent depuis des années.
La
menace d’une application des mesures préconisées par l’audit sur la voie
professionnelle : suppression de plus de 10% des effectifs du corps des
PLP, annualisation de leur service pèse toujours sur les personnels. Au
contraire le SNUEP revendique d’en finir avec les baisses des recrutements de
ces dernières années et de revenir à un niveau des recrutements à la hauteur
des besoins, dans le cadre d’un enseignement professionnel rénové, et d’une
juste répartition des formations sur tout le territoire. Le SNUEP dénonce la
scandaleuse situation des personnels précaires de plus en plus nombreux et
réclame en priorité un plan de titularisation..
Le
SNUEP observe qu’avec le mouvement déconcentré des mutations, en aveugle, de
moins en moins de collègues peuvent muter, il réclame le retour à un mouvement
national qui respecte le droit à la mobilité des personnels. Le SNUEP
s’opposera au recrutement régional des personnels que fait craindre
l’intégration des IUFM aux universités autonomes. Le SNUEP s’oppose à toutes
les dérives de la gestion « managériale » des établissements qui,
sous prétexte de reconnaître le mérite, introduit de plus en plus l’arbitraire,
l’injustice et les abus de pouvoir des « petits chefs »
Ces derniers mois, dans les localités ou les établissements,
de nombreux collègues se sont engagés contre les expulsions d’élèves
sans-papiers. Au niveau national, le SNUEP, avec de nombreuses organisations
dont RESF, a pris toute sa place dans ce combat. L’escalade dans les mesures
répressives ayant pour cible une certaine jeunesse, ne peut qu’exacerber les
tensions et les violences dans les quartiers, lesquelles ont des répercussions
dans nos établissements. L’amélioration de la situation des quartiers
difficiles passent avant tout par un recul du chômage, des services publics de
qualité présents sur tout le territoire, un encadrement des jeunes par des
personnels qualifiés pour prévenir la délinquance.
De même, le recul du phénomène inquiétant de la violence
dans nos établissements passe par un retour à un encadrement suffisant en
personnel d’éducation et spécialisé. Elèves et personnels ont le droit de
travailler dans un climat apaisé, une fermeté bienveillante devrait permettre
de faire respecter les règles de vie commune et si besoin, de sanctionner tout
manquement, encore faudrait-il en avoir les moyens.
Le SNUEP dénonce une décentralisation qui conduit à la
privatisation de certains services dans l’école, à des partenariat
public-privé, à l’introduction par de multiples biais des marchands dans
l’école… autant d’atteinte à la laÏcité.
La montée des communautarismes instille un poison dans la
société, toute complaisance à l’égard de cette tendance doit être dénoncée et
combattue ; il faut rappeler sans cesse que seules les valeurs de la
République et l’école laïque permettent l’épanouissement de chacun et le
respect de l’autre, condition essentielle du vivre ensemble !
La
mise en œuvre de la loi sur la décentralisation des TOS implique désormais la
signature d’une convention Etablissement-Région. En Ile-de-France, celle-ci est
arrivée dans les établissements pendant les vacances de février.
Quelques
articles concernent les TOS, mais d’autres portent sur des sujets bien
différents : accès à l’établissement pendant les vacances scolaires,
hébergement, restauration, entretien, sécurité, équipement, logements de
fonction, évolution de l’offre de formation…
Et
la liste des articles égrène dans les faits un dessaisissement des CA sur ces
sujets avec a contrario l’affirmation des prérogatives de la région, par
exemple sur l’accès des intervenants extérieurs pendant les vacances ou sur la
tarification de la cantine ! Ainsi, la région se fait fort de nous
rappeler qu’elle est propriétaire. C’est donc elle qui entend décider à sa
guise. Et pourquoi pas de prêter les locaux pendant les vacances, de les louer
à des intervenants extérieurs et étrangers à l’Education Nationale, ou de
décider de céder la restauration à des entreprises tierces…
D’abord,
les élus au CA doivent pouvoir demander le report de la signature de la
convention pour pouvoir l’étudier. Après étude et information aux collègues, si
la convention dessaisit le CA de ses prérogatives, le SNUEP FSU appelle à voter
contre sa signature.
Le
SNUEP FSU rappelle son opposition à la décentralisation des TOS et de toute
autre catégorie de personnel, et souhaite leur réintégration dans la fonction
publique d’Etat avec revalorisation des salaires. Le SNUEP FSU ne cautionne pas
la privatisation rampante des locaux d’enseignement, ou de la restauration.
A
l’heure où se mettent en place des Partenariats Public-Privé, le SNUEP FSU
réaffirme avec force son attachement au caractère national et public de
l’Education et refuse toute nouvelle forme de délégation de service public.
Motion
adoptée le 29 mars à l’unanimité par le Bureau National du SNUEP FSU.